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Mais d'où vient le père Noël?

Publié le 24 Décembre 2007 par Vincent Pauthier in Vu - Lu - Entendu...

Pour répondre à cette question si cruciale aujourd'hui, voici des extraits d'un article de l'historien des idées Pascal Ory publié dans la revue L'Histoire (n°194):
 

perenoel-coca.jpg"Beaucoup d’entre nous — et pas seulement les enfants — sont prêts à croire qu’il s’agit d’une figure extrêmement ancienne, dont la forme et la fonction, si codifiées aujourd’hui, seraient multiséculaires. Il n’en est rien. En matière de Père Noël, tout s’est joué au XIXe siècle. [Du reste, tous] les objets symboliques dont l’Occident chrétien va entourer, voire encombrer, la fête du Christ (le 25 décembre) sont loin d’entretenir un lien direct avec l’épisode relaté dans les Évangiles. Passe encore pour la crèche, appareil médiéval droit sorti des légendes dorées, mais la bûche (d’abord la vraie, édulcorée plus lard en gâteau) et le sapin sont évidemment des attributs païens, limités à des aires culturelles germaniques.
Le succès du sapin de Noël en France ne remonte, par exemple, pas plus haut qu’aux années 1840, quand une princesse allemande, Hélène de Mecklembourg-Schwerin, bru du roi Louis-Philippe, lança cette tradition de son pays dans la bourgeoisie à la mode, qui redécouvrait dans le même temps les vertus du « cercle de famille ».

Au milieu de tout cet attirail, le Père Noël lui- même n’est jamais que l’élément le plus récent d’une fantasmagorie toute moderne.
Sans doute a-t-il été précédé par une longue théorie de personnages remplissant une fonction analogue : celle de dispensateur de cadeaux aux petits enfants, images vivantes de l’enfant-Dieu. Ainsi les Rois Mages, que l’imagination populaire, brodant sur le silence des Évangiles, montrera apportant de merveilleux présents. Et surtout saint Nicolas. Celui-ci est devenu peu à peu dans certaines régions du centre et du Nord de l’Europe le protecteur des enfants, grâce à certains détails de sa légende dont nous parle encore cette très vieille chanson française des « trois petits enfants qui s’en allaient glaner au champ », qu’un méchant boucher tua et sala, et que le bon Nicolas ressuscita.
Cependant, nous sommes ici encore loin du Père Noël : saint Nicolas est un évêque ; il arrive, à dos d’âne ou de cheval, dans la nuit du 5 au 6 décembre, et il est généralement accompagné du Père Fouettard (Pierre le Noir, aux Pays-Bas), qu’une morale sévère a jugé utile d’ajouter au tableau. 
Pour qu’on passât au Père Noël universel d’aujourd’hui, il ne fallut rien de moins qu’un triple mouvement en profondeur, où il est facile de retrouver l’essentiel de l’histoire culturelle de notre temps : l’américanisation, l’uniformisation et la déchristianisation.
Tout semble en effet partir des États-Unis. C’est là que, dans les années 1820, un honorable professeur new-yorkais, poète familial à ses heures, Clément C. Moore, commença à transformer la figure de saint Nicolas dans un sens plus profane.

Le voilà qui perd sa crosse et sa mitre ; le voilà qui se met à ressembler à un gros lutin joufflu, orné d’une belle barbe blanche, voilà qui arrive en traîneau, tiré par des rennes, passe par la cheminée et dépose les jouets dans les souliers.

L’explication est simple : les États-Unis sont une nation d’immigrants. Et d’abord, en majorité, de protestants, originaires du Nord et du centre de l’Europe. Ils amènent avec eux les traditions et les légendes des pays froids, leurs rennes et leurs sapins, leurs elfes et leurs lutins. Dans un grand désir de fusion entre les peuples, les Américains vont créer un personnage composite. Il s’appellera « Santa Clans », déformation du nom hollandais de saint Nicolas, apporté par les colons. Et il interviendra désormais la nuit de Noël, date commune aux Églises chrétiennes, qu’elles admettent ou non le culte des saints : Moore, fils de révérend, est lui-même enseignant au Grand Séminaire épiscopalien de New York. Enfin, comme nous sommes dans une civilisation de pionniers optimistes, ils supprimeront le Père Fouettard. Dans les années 1860, le plus célèbre illustrateur américain de son temps, Thomas Nast, va imposer la représentation canonique : le costume rouge, bordé de blanc, le bonnet rouge de même, la hotte remplie de jouets, bref l’image que cet immigrant allemand, né à la frontière alsacienne, a conservée du « Peke Nicol » de son enfance.
En prenant le relais, par contamination progressive des coutumes anglo-saxonnes désormais dominantes, les pays latins, qui ne connaissent guère saint Nicolas, préféreront appeler « Père Noël » le petit bonhomme drolatique qui, insensiblement, va se substituer au « Petit Jésus ». L’Église catholique va d’ailleurs prendre beaucoup plus mal cette évolution que les confessions protestantes. En 1951 — autant dire hier—, on verra encore l’évêque de Dijon faire brûler en effigie le bonhomme païen sur le parvis d’une église, devant deux cent cinquante membres des Jeunesses catholiques. Comme on le sait, c’était peine perdue.
La morale de cette histoire tient en quelques mots. Les forces conjuguées du commerce et de la famille, entraînées par le mouvement général de prospérité qui porte l’Occident, cahin-caha, depuis plus d’un siècle, ont puissamment contribué à la déchristianisation progressive de la Nativité. Pour que le Père Noël triomphât, Pere-noel-coca-cola.jpgdeux conditions devaient être réunies : que l’Enfant-Jésus s’effaçât ; et que l’enfant des hommes devînt, à sa place, un petit roi. C’est chose faite aujourd’hui."
                                                      Pascal Ory

Autre précision: contrairement à une idée largement répandue, le père Noël n'est pas une invention de Coca-Cola même si la firme américaine l'utilisa dès 1931 dans des publicités (notamment parce que les couleurs de Coca s'accordaient à celles du "Bonhomme Noël"
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